( AFP / DANIEL ROLAND )
La banque italienne UniCredit a suscité lundi une levée de boucliers en Allemagne après avoir lancé une offre publique d'achat d'environ 35 milliards d'euros, jugée hostile, sur sa rivale allemande Commerzbank.
Une telle offensive est politiquement sensible, l'État fédéral allemand détenant 12% du capital de Commerzbank, héritage de la crise financière de 2008.
Une " prise de contrôle hostile serait inacceptable ", en raison notamment de l'"importance systémique " de Commerzbank, a ainsi déclaré un porte-parole du ministère des Finances devant la presse.
Berlin veut "préserver l'autonomie de la Commerzbank", a abondé le chancelier Friedrich Merz.
Une fusion entre les deux établissements ferait d'UniCredit un acteur dominant en Allemagne, première économie européenne.
La présidente du directoire de la banque allemande, Bettina Orlopp, entend aussi s'opposer à un mariage forcé, déclarant lundi que cette offre de rachat n'avait "pas été menée en concertation avec Commerzbank".
Elle n'offre en outre "aucune prime" pour ses actionnaires, ce qui serait la "base pour d'éventuelles discussions".
"Nous sommes convaincus de la force et du potentiel de notre stratégie, qui mise sur l'indépendance et la croissance rentable", a répété Mme Orlopp, sa ligne de défense depuis plusieurs mois.
UniCredit, dirigée par Andrea Orcel, propose 0,485 action par titre Commerzbank, valorisant la banque allemande à 30,8 euros par action, soit une prime limitée de 4 % par rapport au cours de vendredi, bien en deçà des habituelles primes à deux chiffres de pourcentage pour séduire les actionnaires.
L'offre, qui sera formellement lancée en mai, via un échange volontaire d'actions, valorise la cible à environ 35 milliards d'euros.
A la Bourse de Francfort, l'action Commerzbank a fini en forte hausse de 8,62%, à 32,14 euros.
A Milan, UniCredit a avancé de 0,71% à 63,95 euros.
- "Démarche déloyale" -
Le cours de Commerzbank a presque triplé depuis l'entrée surprise d'UniCredit pour 4,5% du capital en septembre 2024. Elle est portée aujourd'hui à près de 30%, alimentant tour à tour les spéculations sur un rachat ou sur une éventuelle revente de cette participation.
"Ce qui anime M. Orcel depuis septembre 2024 s'apparente à une démarche déloyale", déclare à l'AFP Frederik Werning, responsable du dossier Commerzbank au sein du syndicat des services ver.di et membre du conseil de surveillance de la banque.
Le banquier italien "a perdu la confiance — ne serait-ce que celle des salariés de Commerzbank, qui restent prêts à se mobiliser contre une éventuelle reprise par UniCredit", ajoute-t-il.
Ver.di a mis en garde lundi dans un communiqué contre un "démantèlement" de la banque allemande après l'offre de UniCredit.
La banque bavaroise HypoVereinsbank, reprise en 2005 par UniCredit, a il est vrai vu ses effectifs tomber depuis à environ 8.500 salariés, contre 26.000 avant son rachat.
Commerzbank a déjà pris plusieurs mesures pour contrer les velléités de la banque milanaise.
L'an dernier, elle a mené un plan de départs volontaires visant 3.900 suppressions de postes, principalement en Allemagne, pour améliorer sa rentabilité et ainsi vendre plus chèrement sa peau.
Elle a aussi restitué davantage à ses actionnaires, via un dividende en hausse et des rachats d'actions : de quoi faire franchir à UniCredit, sans viser le contrôle total, le seuil des 30 % de détention déclenchant, en droit allemand, l'obligation d'une offre sur l'ensemble du capital.
L'offre publique d'achat de cette dernière, peu attractive sur le papier, ne va pas attirer nombre d'actionnaires de Commerzbank.
Mais une fois celle-ci achevée, UniCredit pourra augmenter sa participation en achetant des actions sur le marché.
"Tenant compte de l'importance politique du dossier, UniCredit adopte pour l'instant une approche prudente, cherchant à obtenir davantage de leviers d'influence", note l'analyste Andreas Lipkow, chez CMC Markets.
M. Orcel a déclaré lundi que cette longue saga nuisait aux deux banques et que son conseil d'administration avait décidé d'agir, estimant que "l'attentisme persistant était une situation sous-optimale pour les deux parties".
Avec son offre, il veut provoquer le "dialogue" en vue d'un "accord satisfaisant", avant d'ajouter: "vous pouvez imaginer le résultat que j'espère obtenir".
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